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Insomnie

  Un peu avant le lever du soleil, un tapage incessant se fait entendre pendant que moi, assise sur le lit, je me fait aller les pieds dans le vide en imaginant les histoires parfaites de grand-papa. C’est le bruit d’un moteur que j’entends, je pense. En écoutant bien, j’arrive à localiser à peu près l’endroit d’où provient le bruit: le rez-de-chaussée. Mes pieds nus font craquer les vieilles lattes de bois pendant que j'avance vers les escaliers. Je descends les quinze marches qui mènent à la réception. Crac, crac, crac. Des lumières vives m’accueillent et je débouche près du bureau de la réception. Tout, mais vraiment tout ce qui peut faire de la lumière à été mis en marche. Les néons au plafonds, la lumière de lecture posée sur le bureau, les nombreuses lampes sur pied dans la salle de réception installés à côté des fauteuils. Ça me fait tout drôle d'être debout, pas habituée d'être levée avant au moins 7h00 le matin. Je suis en pyjama en plein milieu de la réception et...

Chambre

  Quand je me réveille, il fait encore nuit noire. J’ai trop dormi pour pouvoir me recoucher jusqu’à ce que le jour se lève, faque j’allume la petite lumière sur la table de chevet et commence à faire le tour de la chambre, question de passer le temps pis d'empêcher les mauvaises idées de prendre trop de place. Même en bordel, la chambre dégage toute une atmosphère; Ça pique ma curiosité. Je met ma main sur le papier peint couleur vieux rose sur le mur et je recolle les parcelles qui se déchirent au mur avec le pouce, une par une. Je m’amuse à imaginer encore le grand-papa. Je le goût de l'imaginer avec sa femme. Je les imaginent tous les deux devant le mur où je me trouve, qui regardent la vieille peinture blanche tirant vers le jaune. Sa femme qui serait belle et élancée s’avancerait vers le mur pour enlever une partie de la couleur en grattant avec son ongle. Elle dirait: —C’est l’heure des rénovations! Puis, elle sautillerait joyeusement sur place en tapant des mains. Il f...

Souvenirs

  Sur la photographie, j’ai de longues mèches de cheveux bruns et rouges qui me tombent dans le visage. C’est de loin la pire coiffure que j’ai jamais eue de ma vie, autant pour la coloration que pour la coupe. Pourtant, à ce moment, j’en était bien fière de ma chevelure parsemée de mèches rouges. C’était pour le bal. J’étais supposé y aller, mais ça c’est jamais fait. J’ai pas été au bal, j’ai pas terminé mon secondaire non plus. Ça c’est terminé en queue de poisson, mais je m’en fous. Le bal ça appartient aux gens superficiels et à ceux qui sont pas capables de laisser aller le secondaire. C’est même pas important le secondaire anyway. Y’a rien à célébrer là. C'est  pas comme si on avait dû accomplir grand chose pour obtenir son diplôme de secondaire cinq. À part peut-être survivre au secondaire cinq, au quatre, au trois… Quand on compare la réussite au niveau scolaire et au niveau social, on se rend bien vite compte où est le défi. J’ai relevé ni l’un ni l’autre. J’ai aband...

Première nuit

  Je compte les marches au fur et à mesure que je les gravis: une marche. Deux. Trois marches. Quand je passe la marche numéro 15, je débouche sur un long corridor. Il est désert, je ne croise personne. Un long tapis de couleur bleu royal se déroule tout le long du corridor. À son extrémité se trouve une petite fenêtre encombrée par de lourds rideaux poussiéreux. Cet endroit a sans aucun doute été décoré par un homme. Je sais pas pourquoi il faut que les hommes soient généralement aussi poche en décoration. C’est sans doute le grand-papa de la réception. Je l’imagine fouillant les vieilleries d’une vente de garage, triant les antiquités et choisissant les items les plus dignes du château de Dracula. Des rideaux de vampire pour cacher la lumière brûlante du jour. Des tapis tout rugueux et usés par des aller-retours frénétiques. Des vieux cadres abritant les photos de famille d’une famille tout autre que la sienne. N’importe quoi pour s’inventer une vie digne d’un film. Peut-être que...

Auberge jeunesse

  À en juger par l'alignement du soleil dans le ciel et de la lumière qui se tamise, il doit être passé l’heure du souper lorsque je me retrouve à l’auberge jeunesse. Elle est coincée quelque part dans un cul-de-sac. Peu de personnes semblent habiter ce coin du quartier selon le silence radio qui fuse de partout. Les criquets stridulent dans les hautes herbes. Je vois un vélo cadenassé à un arbre et dont la roue arrière est crevée. Quelqu’un l’a sans doute volé et abandonné ici une fois l’engin brisé. En voyant l’état de l’endroit je me demande: Qu’est-ce que je fais? Qu’est-ce que j’ai fait? Pourquoi être partie? Mais je me rappelle: À cause d’elle. Mon cœur se serre en se rappelant la douleur de son annonce. Je ne serai jamais comme toi. De la distance, beaucoup de distance, c’est ce dont j’ai besoin. L’auberge en question se trouve dans un quartier pas très réputé en terme de salubrité et la plupart des gens qui y résident, de toute évidence, y sont obligés à défaut de meilleur...