Chambre
Quand je me réveille, il fait encore nuit noire. J’ai trop dormi pour pouvoir me recoucher jusqu’à ce que le jour se lève, faque j’allume la petite lumière sur la table de chevet et commence à faire le tour de la chambre, question de passer le temps pis d'empêcher les mauvaises idées de prendre trop de place. Même en bordel, la chambre dégage toute une atmosphère; Ça pique ma curiosité. Je met ma main sur le papier peint couleur vieux rose sur le mur et je recolle les parcelles qui se déchirent au mur avec le pouce, une par une. Je m’amuse à imaginer encore le grand-papa. Je le goût de l'imaginer avec sa femme. Je les imaginent tous les deux devant le mur où je me trouve, qui regardent la vieille peinture blanche tirant vers le jaune. Sa femme qui serait belle et élancée s’avancerait vers le mur pour enlever une partie de la couleur en grattant avec son ongle. Elle dirait:
—C’est l’heure des rénovations! Puis, elle sautillerait joyeusement sur place en tapant des mains. Il faudrait que ce soit une femme heureuse et ricaneuse pour que l'homme de la réception soit exposé à de la bonne humeur, tout le temps tout le temps. Il la regarderait avec bienveillance, placerait un bras autour de sa taille. Je sais pas si ce que je déduis de la chambre c'est ce que je lui souhaite comme histoire ou ce que je me souhaite à moi-même. Ça doit être mon désir de croire qu'il y a peut-être un couple dans c'te monde dont la relation amoureuse clash pas.
Je continue d'observer. Par la fenêtre de la chambre, je regarde le paysage. Des rails de train traversent un champ de maïs et les plants virevoltent au vent. Ça créer une ondulation, comme une vague qui se déplace dans le champ. Grâce au soleil qui commence à se lever, je vois des corbeaux qui regardent le maïs des airs. Ils se tiennent dans un grand nuage noir au dessus du champ, trop effrayés par les épouvantails un peu partout dans les plants. Je vois encore le grand-papa et sa femme, dehors, en train de cueillir les maïs dans le champ. Ils travaillent dur, la sueur coule sur leur front parce qu'il fait chaud mais, malgré tout, ils trouvent le temps de s'échanger par-ci par-là des regards complices. Deux ou trois fois durant leur cueillette, ils se rejoignent pour constater la labeur de l'autre et s'échanger un high-five glorieux suivi d'un petit baiser sur le front. Pendant des heures ils doivent cueillir, éplucher et faire bouillir les maïs. Je me demande où la femme du grand-papa peut être, à présent, mais je chasse rapidement le questionnement, n’y trouvant aucune réponse. Je veux une belle histoire, une histoire qui se termine bien.
Les histoires que je m'inventent aujourd'hui sont les mêmes que je m'inventent depuis l'enfance, depuis la rupture de mes parents. Ils ont cassé quand j'avais environ 12 ans. Je pense que c'était un vendredi parce que je revenais de l'école et que j'étais toute excitée d'être en congé pour pouvoir inviter mes amies pendant la fin de semaine. Donc c'est ça, je reviens de l'école avec mon sac à dos tout léger pas de devoirs (on se rappelle ce privilège du primaire) et quand j'entre dans la maison, je m'attends à sentir l'odeur du souper qui cuit dans le four, à voir mes parents assis côte à côte sur le divan et à les entendre me saluer tendrement. À la place, dès mon entrée j'ai entendu ma mère en pleurs, qui criait après mon père. Je suis montée en courant dans les marches pis la première chose que j'ai vue c'est une valise par terre, à moitié remplie avec les vêtements que mon père avait sacrés dedans. Je comprenais pas trop ce qui se passait mais quand ma mère à donner son manteau à mon père en lui intimant de sortir, j'ai songé : C'est la dernière fois que je te vois. Après, ma mère m'a rien expliqué, elle m'a assis à la table, m'a servi à souper. On a mangé du pâté chinois. Je sais pas exactement pourquoi mon père est parti, si c'est de sa faute ou celle de ma mère si il est pas revenu. Tout ce que j'en retiens c'est que quand je vois du pâté chinois, je me vomis toujours un peu dans la bouche.
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